« Défendre les personnels, c’est aussi défendre l’école publique et l’avenir du Sénégal »
ENTRETIEN AVEC LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL NATIONAL DU SUDES
« Défendre les personnels, c’est aussi défendre l’école publique et l’avenir du Sénégal »
1. Pouvez-vous présenter le système éducatif sénégalais ?
Le système éducatif sénégalais est un ensemble vaste et diversifié qui comprend le préscolaire, l’enseignement élémentaire, le moyen et le secondaire, l’enseignement technique et la formation professionnelle, ainsi que l’enseignement supérieur et la recherche.
Les données du dernier Recensement général de la population et de l’habitat font état de 4 541 600 apprenants au Sénégal. Ils se répartissent notamment entre l’enseignement arabe et coranique, le préscolaire, le primaire, le moyen, le secondaire et le supérieur. Le recensement dénombrait ainsi 1 955 671 apprenants au primaire, 767 940 au moyen, 387 839 au secondaire et 232 354 dans le supérieur.
ANSD
Cette massification de l’éducation constitue naturellement un progrès. Mais elle pose également des défis considérables. L’État lui-même reconnaît l’existence d’un déficit en infrastructures et en ressources humaines : pour la rentrée 2024-2025, les besoins étaient estimés à 4 527 enseignants supplémentaires, avec notamment des milliers de salles de classe manquantes, des abris provisoires et un déficit important en tables-bancs.
MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION NATIONALE
La question de la place du privé mérite également d’être soulignée. Elle est devenue particulièrement importante dans plusieurs segments du système éducatif. Dans la formation professionnelle, par exemple, le privé accueillait 62,9 % des apprenants en 2022/2023 et représentait 75,7 % des établissements.
ANSD
Mais derrière ces chiffres, il faut surtout voir une réalité sociale : les conditions d’apprentissage restent très inégales selon les territoires et les milieux sociaux. Les difficultés économiques des familles, la pauvreté, les problèmes d’accès aux infrastructures, les classes surchargées et les déficits de personnels pèsent sur les performances du système.
Pour nous, au SUDES, la priorité est donc claire : faire de l’éducation un véritable service public de qualité, accessible à tous et sur l’ensemble du territoire national.
2. Pouvez-vous présenter le SUDES ? Dans quels secteurs de l’Éducation votre syndicat est-il présent ?
Le Syndicat Unitaire et Démocratique des Enseignants du Sénégal – SUDES est une organisation historique du mouvement syndical enseignant sénégalais. Créé en 1976, il s’est construit autour des principes d’unité, de démocratie et d’indépendance syndicale.
Notre organisation a toujours considéré que la défense des travailleurs de l’éducation devait être indissociable de la défense de l’école et de l’intérêt général.
Le SUDES intervient dans plusieurs secteurs du système éducatif, notamment :
Le préscolaire ;
L’enseignement élémentaire ;
L’enseignement moyen et secondaire ;
L’enseignement technique et la formation professionnelle ;
L’enseignement supérieur et la recherche ;
Les ISEP ;
Et, plus largement, les questions concernant les différents personnels qui concourent au fonctionnement du système éducatif.
Cette présence dans différents segments constitue l’une des caractéristiques importantes du SUDES : nous voulons avoir une vision globale de l’éducation, plutôt que de défendre séparément les différents ordres d’enseignement.
Le SUDES vient d’ailleurs de célébrer ses 50 années d’existence, une occasion de rendre hommage aux générations de militants qui ont porté notre organisation et contribué aux combats pour l’école publique et les droits des travailleurs.
Célébration du cinquantenaire du SUDES : 50 années d’engagement syndical au service de l’éducation et des travailleurs.
3. Quels sont les principaux thèmes revendicatifs sur lesquels le SUDES travaille plus particulièrement ?
Nos revendications concernent à la fois les droits et conditions de vie des personnels et la qualité du système éducatif.
Nous sommes particulièrement engagés sur les questions suivantes :
L’application effective des accords signés entre l’État et les organisations syndicales ;
L’amélioration des conditions de travail et de rémunération ;
La revalorisation de la fonction enseignante ;
La résorption du déficit d’enseignants ;
Le recrutement et la stabilisation des personnels ;
La formation initiale et continue ;
La régularisation des situations administratives ;
L’indemnité de logement et les autres indemnités liées aux conditions d’exercice ;
La protection sociale et les droits à la retraite ;
La défense des libertés syndicales ;
Le financement adéquat de l’éducation ;
L’amélioration des infrastructures et des conditions d’apprentissage.
Dans l’enseignement supérieur et la recherche, nous accordons une importance particulière au recrutement d’enseignants-chercheurs, à l’amélioration des conditions de recherche, au financement des universités, à la lutte contre la massification non maîtrisée et au respect des libertés académiques.
Mais notre approche ne se limite pas à une logique corporatiste.
Lorsque nous revendiquons de meilleures conditions de travail pour les enseignants, nous revendiquons également de meilleures conditions d’apprentissage pour les élèves et les étudiants.
C’est pourquoi nous défendons une école publique de qualité, démocratique, inclusive, équitable et accessible à tous.
Rencontre du SUDES avec les personnels dans les établissements : un travail syndical de proximité au contact direct de la base.
4. Un mouvement social s’est déroulé courant juillet au Sénégal. Quels en étaient les sujets ? Comment les personnels de l’Éducation se sont-ils impliqués ?
Le mouvement social de juillet 2026 s’inscrivait dans un contexte interprofessionnel marqué par plusieurs préoccupations majeures des travailleurs.
Le Front syndical pour la défense du travail (FSDT) a notamment appelé à une grève générale de 24 heures le 10 juillet 2026.
Les revendications portaient notamment sur :
Le respect et l’application des engagements pris par l’État ;
La mise en œuvre effective du Pacte national de stabilité sociale ;
La défense de l’emploi ;
La réintégration des travailleurs licenciés ;
Le respect des libertés syndicales ;
L’amélioration du pouvoir d’achat et des conditions de vie ;
L’application des accords sectoriels ;
Et la méthode de réforme du Code du travail et du Code de la sécurité sociale, que les organisations syndicales estimaient devoir faire l’objet d’une véritable concertation avec les partenaires sociaux.
Les personnels de l’Éducation ont naturellement trouvé leur place dans cette mobilisation, puisque plusieurs de leurs revendications rejoignaient directement celles portées au niveau interprofessionnel.
Pour le SUDES et les autres organisations syndicales de l’Éducation, il s’agissait notamment de rappeler que les engagements pris dans le secteur doivent être respectés : recrutements, amélioration des conditions de travail, règlement des dossiers administratifs, revalorisation des personnels et amélioration du fonctionnement du système éducatif.
Cette mobilisation a donc dépassé la seule question salariale. Elle a posé une question fondamentale : quelle place voulons-nous donner au dialogue social dans la conduite des politiques publiques ?
5. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur la situation de l’école sénégalaise ?
Nous pensons qu’il faut désormais changer d’échelle.
Le Sénégal ne peut pas avoir l’ambition de construire une économie performante, souveraine et inclusive sans investir massivement dans son système éducatif.
L’école doit être considérée comme une priorité nationale et un investissement stratégique, et non comme une simple dépense budgétaire.
Cela suppose de résoudre progressivement le déficit d’enseignants, de construire et réhabiliter les infrastructures, d’améliorer les conditions de travail, de renforcer la formation des personnels et de garantir un financement à la hauteur des ambitions nationales.
Mais cela suppose également de donner toute sa place au dialogue social.
Les enseignants et leurs organisations syndicales ne doivent pas être considérés uniquement comme des acteurs revendicatifs. Ils sont aussi des acteurs essentiels de la transformation de l’école.
6. Quelle est, finalement, la vision du SUDES ?
Notre vision est celle d’une école publique forte, gratuite, démocratique, inclusive et de qualité, capable de réduire les inégalités et de donner à chaque enfant les mêmes chances de réussite.
Nous voulons également que les personnels de l’éducation puissent exercer leur métier dans la dignité, avec des conditions de travail et de rémunération à la hauteur de leur responsabilité sociale.
Le SUDES restera donc fidèle à sa tradition : défendre les travailleurs, défendre l’école publique et contribuer à la construction d’un Sénégal plus juste et plus solidaire.
Notre conviction est simple :
Il n’y aura pas de transformation durable du Sénégal sans une transformation profonde de son système éducatif.
