Extrême droite Lutte contre les discriminations Dossiers

 Dossier Lien n°210 - L’extrême droite aujourd’hui en France

 

L’extrême droite aujourd’hui en France, à travers la diffusion de ses idées et par ses différentes formes organisationnelles, connaît une audience inédite depuis plusieurs décennies.

Si l’extrême droite organisée est dans le paysage politique français depuis (trop) longtemps maintenant, notamment et principalement par le Front National, celle-ci était jusqu’à il y a quelques années encore cantonnée à un rôle, certes nuisible mais surtout d’opposition.

L’arrivée de Marine le Pen à la tête du FN (devenu ensuite Rassemblement National/RN) a considérablement fait évoluer la stratégie de l’organisation : tout mettre en œuvre afin de conquérir le pouvoir par les élections. C’est ainsi que la stratégie de « dédiabolisation » s’est mise en branle et force est de constater que 10 ans après celle-ci a malheureusement porté ses fruits.

En alliant thématiques pseudo-sociales, image de respectabilité et thématiques classiquement racistes, le RN a réussi à imposer une partie de son discours dans la société, certains médias et dans d’autres organisations politiques non classées à l’extrême droite.

S’il n’est pas nouveau que les pouvoirs en place usent de la thématique raciste (« le bruit et l’odeur » de Jacques Chirac, le « Karcher » de Nicolas Sarkozy, etc.), un cap a été franchi ces dernières années dans la diffusion de ces idées notamment à travers des propos ou lois racistes et/ou stigmatisant une catégorie de la population. « Loi séparatisme », traitement des migrant·es, « l’islamo-gauchisme » de Frédérique Vidal : autant de méfaits qui n’ont pour conséquence que de stigmatiser et diviser ! La responsabilité du gouvernement actuel (et des précédents) dans la montée des idées d’extrême droite est indéniable, d’autant plus lorsqu’une politique de plus en plus répressive, liberticide, de casse du code du travail et de la Fonction publique est à l’œuvre. L’extrême droite a ainsi un chemin pavé devant elle !
L’arrivée de Zemmour dans l’arène politique est inquiétante à plusieurs titres : le curseur des débats publics va de plus en plus à l’extrême droite. Avec l’aide de Bolloré notamment, la parole se « libère » sur les thématiques racistes, misogynes et LGBTQIphobes, et certains groupuscules violents sont « chauffés à blanc », comme l’a prouvé l’agression qu’ont subie les militant·es de SOS Racisme lors du meeting de Zemmour en décembre 2021.

Et ce sont bien ces groupuscules violents qui agissent de plus en plus fréquemment ces derniers mois, multipliant apparitions médiatiques (Génération Identitaire au Col de l’Échelle et au Col du Portillon) et agressions ! L’arrivée au pouvoir de l’extrême droite serait aussi catastrophique en ce sens que ces groupes se verraient pousser des ailes et pourraient agir violemment quasi-impunément.
Mais l’arrivée de Zemmour est aussi le révélateur d’une accélération probable de la recomposition politique à l’extrême droite dont on ne sait pas encore ce qu’il ressortira, si ce n’est de possibles rapprochements avec une partie de la droite dite classique, stratégie déjà portée par Marion Maréchal ou Robert Ménard et non moins dangereuse.

Quoi qu’il en soit, nous ne devons pas baisser les bras car il est un fait qui lui ne change : l’extrême droite est le pire ennemi des travailleur·ses et la CGT a une responsabilité majeure pour lui faire barrage !

Démasquer la récupération des thèmes écolos par l’extrême droite

Devant les rapports alarmants du GIEC sur le dérèglement climatique et l’annonce d’une extinction de masse, la nécessité d’aborder les thèmes écologiques en politique est évidente. Si certains partis politiques ont une réflexion globale pour mettre en place une transition écologique nécessaire à notre survie, les partis d’extrême droite ont décidé à leur tour d’aborder ces thèmes plus parce qu’ils sont privilégiés par les électrices et les électeurs (trois quarts des Français·es placent ces questions parmi leurs priorités). Mais aussi pour répondre à une certaine actualité au moment de la loi climat, par exemple, en proposant un contre-projet de référendum sur l’écologie.

Niant les faits, contestant largement les données scientifiques, climato-sceptiques depuis toujours, ces thèmes ne seront abordés qu’avec une vision courte se limitant à notre territoire national et parfois seulement pour se moquer de certaines catégories socio-professionnelles.

L’urgence écologique est bien là et seule une approche globale pourra nous permettre de répondre au défi de la transition écologique devant nous. Comme le capital, les partis d’extrême droite surfent sur les questions environnementales uniquement pour préserver leur existence.
Ils ne font aucune proposition contre le productivisme et le capitalisme effréné qui détruit notre planète.

Dans certaines parties du globe, les populations sont déjà soumises à la migration pour une raison de survie. Il faut quitter sa maison et bien souvent sa famille pour tenter de trouver une autre solution de survie.

Les partis d’extrême droite opposent les peuples du nord et du sud, sabotent la nécessaire solidarité mondiale qui doit se mettre en place. Bien au contraire, quelle solidarité avec des propos tel que « celui qui est enraciné, il est écologiste. Parce qu’il ne veut pas pourrir la terre sur laquelle il élève ses enfants. Celui qui est nomade, il s’en moque, de l’écologie, car il n’a pas de terre ! » ?

On comprend que les premier·es sont à préserver, à protéger et les second·es sont considérés comme des nuisibles utilisant un vocabulaire plus que méprisant. Il y a ceux et celles qui sauront survivre et les autres qui doivent disparaître parce qu’iels ne savent pas s’adapter aux changements ou parce qu’iels sont à l’origine de la surpopulation qui menace notre environnement. Les populations les plus vulnérables au changement climatique, notamment en Asie et en Afrique, en sont les moins responsables.

Avec un collectif nommé « Nouvelle écologie », le RN propose sous un vernis écologique, une version bien lisse de leur programme. Proposant des communiqués sur des sujets divers, en développant un discours de repli sur soi et nationaliste mais toujours pas de vision globale basée sur la coopération entre les peuples.

De même, la notion de souveraineté alimentaire et la notion de circuit-court se résument au développement d’un certain localisme : impossible à réaliser dans notre
société mondialisée et qui serait à coup sûr mortifère pour nombre de travailleur·ses obligés à l’exil dans de nombreux pays.

Nous devons continuer à lutter contre les idées d’extrême droite sur tous les plans et continuer à dénoncer leurs visions étriquées qui opposent les populations et en stigmatisent certaines.

Leurs propositions environnementales liées à des échéances électorales vont de pair avec leurs discours racistes, capitalistes et rétrogrades, nous devons les combattre.

Si les grandes conférences internationales sont décevantes et semblent inutiles, elles ont cependant le mérite de rappeler que l’humanité est une, malgré ses divisions, et affronte un problème commun.

De quoi se purger des replis identitaires et moroses.

L’extrême droite contre les droits des femmes et des programmes contre l’émancipation des femmes

Quels que soient les partis d’extrême-droite, ils entendent décider à la place des femmes de ce qui est bon pour elles, et surtout, de ce qui est bon que les femmes soient pour les hommes. Leurs revendications entérinent l’ordre patriarcal, voire le radicalisent. Deux lignes principales sont caractéristiques de ces idéologies.
Le parti politique Reconquête créé en 2021 fait des femmes et du féminisme l’ennemi principal. Les femmes seraient à l’origine d’un affaiblissement du pays et n’auraient d’autre qualité que celles de procréatrices et d’objets sexuels. Le masculinisme promu par ce parti condamne les femmes à la soumission aux hommes de manière très explicite. Complètement désinhibé, il valorise les agressions sexuelles à l’égard des femmes comme étant des qualités viriles.

Le Rassemblement National poursuit une autre ligne : celle du féminisme washing. Il s’agit d’afficher des positions de dénonciation des discriminations ou agressions subies par les femmes tout en alimentant des politiques sécuritaires et xénophobes. Prétendant dénoncer les violences faites aux femmes et les féminicides, le RN s’empresse de faire l’amalgame avec les questions d’immigration et d’islamisme, suspectant tout étranger d’en être la cause. Le culte voué à une figure fantasmée de Jeanne d’Arc ne trompe personne. Là aussi les injonctions idéologiques ne font qu’assigner les femmes à tel ou tel rôle pour conforter le système patriarcal. En interne, dans ce parti politique, les affaires d’agressions sexistes et sexuelles n’ont pas été condamnées mais la candidate à la présidence actuelle a affirmé dans Le Monde en novembre 2017 que cela « relève de la vie privée de ces personnes ».

Les idéologies d’extrême-droite sont un véritable danger pour les droits fondamentaux des femmes

  • Elles sont contre le droit des femmes à disposer librement de leur corps, puisqu’elles sont contre l’IVG.
  • Elles sont contre l’émancipation économique des femmes et pour leur domestication.
  • Elles prônent une structure familiale hétéronormée.
  • Elles sont intolérantes et xénophobes : elles visent à imposer une conception néocoloniale de la condition féminine.

Dans les champs de l’éducation, de la recherche, et de la culture, les idéologies d’extrême-droite constituent une véritable agression à l’égard des femmes et des filles.

Les idéologies d’extrême-droite sont alimentées par des croyances complotistes qui s’appuient sur une compréhension partiale et limitée des informations. Le raisonnement par analogie et par amalgame, par généralisation abusive, constitue leur principal mode d’argumentation. Cela conduit à des conclusions qui ne sont rien d’autre que des contre-vérités. Ce mode de pensée est incompatible avec une recherche soucieuse de s’ouvrir aux études de genre.

Dans le domaine de la culture, le mépris affiché par les militant·es d’extrême-droite à l’égard de l’art contemporain, son attachement au roman historique et son rejet de la diversité des regards et de la mise en question des préjugés, notamment à l’égard des œuvres produites par des femmes ou mettant en scène des femmes sont incompatibles avec leur émancipation.

Les pédagogies féministes, qui visent à l’émancipation des filles par la conscientisation et la déconstruction des enjeux de pouvoir sont totalement à l’opposé des formats autoritaires des idéologies d’extrême-droite.
Le système patriarcal des idéologies d’extrême-droite vise à asservir les femmes et les filles.

Les féministes luttent contre les idéologies d’extrême droite !

Extrême droite et école

Fini le temps où le Front National de Jean-Marie Le Pen ne parlait que de l’enseignement privé, le plus souvent catholique. Avec le Rassemblement National (RN) et Marine Le Pen, dans une tentative de dédiabolisation, la stratégie, d’abord tentée via le Collectif Racine, est de diffuser une vision décliniste de l’école auprès des personnels et de la population. Cette logique étant reprise aujourd’hui par Éric Zemmour.
Dans cette logique, le programme de l’extrême droite poursuit deux objectifs :

  • accentuer la ségrégation sociale en favorisant l’enseignement privé ou les établissements publics entrant dans le jeu de la concurrence ;
  • diffuser une idéologie réactionnaire via le service public d’Éducation.

En ce sens, les conditions de travail des personnels, leurs difficultés, le manque de moyens… tout ceci n’existe pas du tout dans le programme de l’extrême droite.
Il n’est donc pas étonnant que l’extrême droite soit satisfaite de l’action comme ministre de Jean-Michel Blanquer car il reprend la même stratégie avec les deux mêmes objectifs.
Autre point commun avec Blanquer : l’instrumentalisation d’un discours
républicain hors-sol pour diffuser ces idées inégalitaires. L’extrême droite va plus loin puisque son projet est fasciste : elle décline un récit fantasmé, cela est flagrant dans la théorie du « grand remplacement », dans une logique de ségrégation. Cela se traduit concrètement, par exemple pour le RN, par le développement d’« internats d’excellence » en instaurant une « priorité nationale ». Bref, généraliser un dispositif inefficace en y ajoutant un aspect explicitement raciste.

Le déclinisme se retrouve dans un discours autoritaire, des mesures rétrogrades (les blouses à l’école), mettant en avant l’école de la IIIe République dont on sait qu’elle était en réalité profondément inégalitaire. Dans cette logique, la suppression du « collège unique » vise à orienter dès la 6e les élèves des classes populaires vers l’apprentissage. D’ailleurs, Zemmour parle d’une « école sélective et méritocratique ».

Le déclinisme se retrouve aussi dans des attaques contre le supposé « pédagogisme », Zemmour préférant « les méthodes traditionnelles d’acquisition des savoirs, le « par cœur », la leçon magistrale, l’autorité du maître. » Il s’agit là d’une vision de l’école très éloignée de notre vision émancipatrice.

L’extrême droite défend enfin une conception nationaliste, sexiste et xénophobe de l’école. Ainsi, le programme du RN souhaite, concernant l’enseignement d’histoire et de français, « mettre en place un Roman national qui redonne des repères historiques, identitaires et culturels uniques à tous les petits Français ». Il s’agit bien de l’exaltation d’une nation fantasmée avec l’objectif d’exclure celles et ceux qui n’entreraient pas dans ce « roman national ». Zemmour n’est pas en reste lorsqu’il dénonce la place des femmes dans les programmes d’histoire et de tous les enseignements qui permettraient de lutter contre les discriminations et de sensibiliser les élèves aux enjeux de la crise.

Parce que la FERC et ses organisations fédérées œuvrent pour l’émancipation de toutes et tous, pour une transformation de la société afin qu’elle devienne démocratique, écologique, libérée de toutes formes d’exploitation et de domination, elles luttent contre les discriminations de toutes sortes, la xénophobie et toutes les exclusions et s’opposent, de fait, à tous les projets d’extrême-droite quel que soit le parti qui les porte !