RetraitéE - continuité syndicale Protection sociale UFR

 L’or gris

 

Cet article est un « coup de gueule » inspiré de la lecture annuelle de « Capital » qui année après année établit la liste des 500 plus grosses fortunes de France. J’y ai cherché les groupes propriétaires de maisons de retraite ; pour faire « djeun [1] », je l’ai intitulé l’or gris.

Des retraites bloquées depuis 4 ans, représentant, d’après la dernière enquête de la DREES, 1007 € pour les femmes et 1500 € pour les hommes, sans compter ceux et celles qui touchent le minimum, c’est-à-dire beaucoup moins : comment penser à des maisons de retraite dont les tarifs oscillent entre 2700 et 3500 € ?

Après l’exploitation des « ressources humaines », un nouveau filon : l’or gris.
Le patronat n’arrête pas de nous rebattre les oreilles avec le « coût du travail » qui empêcherait la compétitivité … Or ils se payent déjà sur la bête avec le CICE et autres réductions des « charges patronales » c’est-à-dire notre salaire socialisé, à partir de 1,6 x le SMIC. Rappelons qu’à l’heure actuelle, presque plus aucun patron ne paie ces fameuses charges sauf les employeurs publics (voir les textes de la Sécurité sociale).

Ils ont d’ailleurs trouvé un nouveau truc pour ne pas se laisser voler ces bénéfices : une fois en retraite, au moins pour ceux qui en ont une suffisante, ils continuent en investissant dans les maisons de retraites et surtout les EHPAD.

Même s’il y a encore en France une majorité de ces maisons qui sont publiques ou associatives, il reste encore de la place pour des groupes privés dont un certain nombre, année après année, figurent dans la liste des 500 plus grosses fortune de France. Ils sont loin de Liliane Béttancourt, désormais la première de cette liste, mais quand même …

Ainsi, le 134è sur la liste, Jean-François Gobertier, cofondateur de DOMUSVI, mais désormais à son compte avec GDP Vendôme, à la tête de 35 résidences, émarge à 500 millions d’euros. Il a plein d’idées cet ardéchois amateur de Johnny et de BD : comme il a pu constater que les vieux préfèrent être chez eux, il met sur pied depuis quelque temps les Villas Sully, « domotisées » et où les vieillards aisés peuvent se croire chez eux et être entourés de soins personnalisés et de services à la carte. à peine moins riche, avec « seulement » 400 millions d’euros, Yves Journel qui avait crée Domus VI avec Gobertier et dont il détient 20% du Capital, après la LBO (achat à effet de levier) de PAI est lui à la tête de 250 maisons de retraite. Son petit pactole augmente de 50 millions en 2016.

Le groupe ORPEA, fondé en 1989 par un neuropsychiatre, Jean Claude Marian, s’étend désormais sur 10 pays européens et envisage une extension en Chine. En vrai homme d’affaire, le bon docteur semble fier d’une progression de 16,6% du résultat net du groupe à 136,6 millions pour un groupe qui compte 58000 lits dont 44% à l’étranger. Il figure à la 226e place avec 310 millions en hausse de 60 millions.

On peut continuer comme cela avec le groupe Emera où Claude Cheton et Christophe Bergue contrôlent 88% du groupe, 4200 lits, 47 résidences ainsi qu’une importante société foncière. Ils sont 230è avec 300 millions en augmentation de 50 millions. Ou encore, les familles Didier Menechet et Philippe Péculier qui ont développé deux groupes distincts, SMR Les Opalines (40 maisons de retraites) et SGMR Ouest (17 établissements, 200 lits). Ils sont 400è du palmarès avec 150 millions en augmentation de 30 millions.

André et Pierre Imbert sont 483è avec seulement 110 millions mais comme les mafieux, ils aspirent toujours à s’élever.
On a beaucoup parlé dans les rangs de la CGT du coût du Capital, pas assez sans doute ! Sachez qu’en 1996 on entrait dans cette liste des 500 avec 82 millions alors que désormais on n’y accède qu’au dessus de 100 Millions. Que la richesse cumulée des 10 premiers égale 330 milliards, avec une augmentation de 16% en un an ;
on apprend aussi que les résultats du CAC 40 n’ont pas été si bons que cela (-13%) ; on ne peut qu’être rassurés : 46 milliards de dividendes seront quand même versés aux actionnaires !

Comme on a peut-être mauvais esprit, on se demandera quel sera le montant de la retraite des employé.es de ces palaces pour retraités …


[1« jeunes »